Voix et subjectivités féminines dans les réécritures contemporaines des mythes antiques

Nom du/de la doctorant.e
Lisa MILLET-ARMATAFFET
Direction de thèse
Monica Latham (IDEA)
Date d'inscription en doctorat
Résumé de la thèse

Cette thèse interroge la manière dont les autrices contemporaines redonnent voix et subjectivité aux figures féminines issues des mythes gréco-romains, longtemps réduites au silence par la tradition patriarcale. En s’appuyant sur un corpus composé de The Penelopiad (Margaret Atwood), Circe (Madeline Miller), Daughters of Sparta (Claire Heywood), ainsi que la trilogie de Pat Barker (The Silence of the Girls, The Women of Troy, The Voyage Home), cette recherche examine comment l’expression féminine se développe dans un contexte d’oppression du langage. La réécriture du mythe devient un geste politique, mémoriel et esthétique qui réinscrit les femmes dans l’histoire. Dans les récits antiques, les voix féminines sont souvent effacées ou relayées au rang d’écho des héros masculins. Les réécritures contemporaines inversent cette perspective : elles confient la narration aux héroïnes elles-mêmes, leur permettant de dire la violence, la dépossession, mais aussi la ruse, la résistance et la solidarité. Ces voix fragmentées expriment la tension entre mutisme imposé et parole reconquise. Le silence n’est plus seulement le signe d’une domination subie, il devient une stratégie de survie et un espace de pouvoir. À travers la parole, mais aussi les gestes et les savoirs traditionnellement féminins (tissage, responsabilité religieuse, pharmakae...), ces héroïnes reconstruisent une subjectivité qui échappe aux cadres patriarcaux. Les crafts domestiques, associés à la docilité, se chargent d’une valeur politique : ils deviennent langage, résistance et transmission. Les savoirs occultes et les transgressions corporelles, autrefois diabolisés, sont reconfigurés comme formes d’autonomie intellectuelle et de puissance créatrice. Cette thèse explore ainsi comment les autrices contemporaines se font à leur tour passeuses de voix, inscrivant leur travail dans une généalogie féminine de la parole et de la mémoire. En réinventant la parole de Pénélope, de Circé, de Briséis, d’Hélène... Elles réévaluent la tradition littéraire occidentale, questionnent les mythes fondateurs de la culture occidentale et affirment la légitimité d’une écriture féminine du mythe fragmentée, polyphonique et critique. La réécriture devient alors une forme d’archéologie narrative : elle exhume les voix enfouies, les fait dialoguer avec le présent, et propose une autre lecture de la condition féminine à travers le temps. Ces textes ne se contentent pas de réparer le silence des héroïnes antiques, ils le transforment en langage et en force, faisant du mythe un lieu de lutte et de libération.