“Instruct or confuse us and themselves” : Représenter et occulter les femmes « asexuées » et « masculines » dans les livres de conduite britanniques (1770-1820)

Nom du/de la doctorant.e
Paul LAZARO PEREZ
Direction de thèse
Pierre Degott (IDEA)‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ Guyonne LEDUC (Université de Lille)
Date d'inscription en doctorat
Résumé de la thèse

Ma thèse relève des études britanniques et de l'histoire des idées.
J’étudierai les représentations d’auteurs du XVIIIe siècle sur la non-conformité (ou variance) de genre, une discordance entre les attentes d’un groupe social donné quant à l’expression du genre et certains attributs d’un individu : caractère, comportement, rôle social ou choix vestimentaires.
Mon projet consistera à examiner le rôle de figures de femmes atypiques (jugées « asexuées » ou « masculines ») dans les stratégies discursives des auteurs de livres de conduite (“conduct books”), en exploitant les particularités de ce genre. Cette catégorie de texte a pour but d’enseigner à un public particulier (par exemple les femmes de milieu aisé) les comportements et les valeurs qu’il doit adopter pour remplir la fonction qu’un auteur lui attribue en société. Les livres de conduite constituent donc un outil d’analyse pertinent car, quand ils sont destinés aux femmes, ils cherchent à établir une définition cohérente de la femme « idéale » ou « naturelle » et à la faire accepter par leur lectorat. Pour les ouvrages sur lesquels porte mon projet, cette quête de définition est également fonction d’un contexte historique spécifique. Le long XVIIIe siècle britannique (1660-1820) est une époque de controverses et de transformations importantes dans le domaine de la perception des femmes et la période choisie pour cette étude (1770-1820) se caractérise par la volonté de clore le débat qui les concerne en tirant des conclusions définitives. Pour ce faire, on convoque systématiquement des phénomènes de contraste entre passé et présent, nature et culture, convenable et scandaleux, féminité conventionnelle et féminité absente ou « masculine ».
Je mettrai donc à l’épreuve mon hypothèse de travail, qui postule que certaines catégories de figures féminines liées à la variance de genre sont employées de manière récurrente à des fins rhétoriques bien déterminées, puis se transforment au cours du long XVIIIe siècle quand on se les réapproprie pour servir un autre but. Certaines figures sont ainsi recatégorisées comme anormales (asexuées ou masculines), tandis que d’autres, explicitement considérées comme déviantes ou exceptionnelles, sont intégrées à l’image de la femme « naturelle ». D’après mon hypothèse, l’abondance de descriptions de femmes atypiques et les changements qui affectent ces descriptions sont le fruit de différentes stratégies employées dans des débats sur la condition des femmes.
En d’autres termes, ces stratégies permettent de constater le caractère changeant et même contingent des multiples « féminités naturelles » que différents groupes sociaux tentent de réifier à différentes époques, à travers les débats omniprésents dans lesquels les auteurs de livres de conduite s’impliquent.